Transe, un mot tabou ?

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Pourquoi avons-nous peur du mot transe ?

Peut-être parce qu’il évoque, dans notre imaginaire collectif occidental, un mélange de convulsions, d’attitudes extrêmes, d’émotions fortes et de prise de contrôle sur son esprit par un gourou quelconque. Peut-être avons-nous en tête certaines images d’exorcisme, de transes chamaniques violentes, et qu’il nous est d’emblée difficile de nous détendre à son évocation.

Dans l’hypnose, j’utilise sans peine le mot transe. C’est l’un de mes mots préférés au monde, et je ne compte pas m’en passer. Mais il me faut souvent passer par quelques précisions rassurantes à l’égard de la personne venue pratiquer l’hypnose !

Je dois lui rappeler que, dans la transe hypnotique, sa conscience et sa capacité de contrôle restent éveillées, actives et présentes tout du long.

Que tant que la part inconsciente d’elle-même existe, c’est-à-dire tant que la personne respire et est en vie, son corps ni son esprit ne seront d’accord d’aller dans une direction qui ne lui sied pas au plus profond.

Je dois lui rappeler que son discernement reste entier, et qu’à tout moment, elle a la possibilité de sortir entièrement de la transe, en constatant que cette expérience que l’on appelle un “état de conscience modifié” est, somme toute, terriblement naturelle à vivre.

Ceci pour la transe hypnotique classique, effectuée en cabinet, et dont on connaît les bienfaits, les vertus réorganisatrices, le pouvoir de réécriture des évènements.

Il existe de multiples formes de transe.

On peut parler de toutes les transes artistiques, comme celles qu’expérimentent un chef d’orchestre, un comédien, ou un céramiste en action. On peut parler de transes poétiques, comme celle que décrit Rainer Maria Rilke lorsque, après 10 ans d’attente, les Élégies de Duino lui tombent dans le coeur et dans les mains, et qu’elles demandent à être posées sur papier immédiatement, jour comme nuit.

On peut parler des transes mystiques, des transes religieuses, des transes extatiques, des transes orgasmiques, des transes chamaniques, des transes dansées, chantées, des expériences de mort imminentes, des transes yogiques ou de respiration accélérée, des transes de dissociation, de concentration, de réaction à l’urgence, de transes psychédéliques…

Certaines de ces formes de transe peuvent emmener plus loin. Être plus éprouvantes. Constituer une initiation plus radicale.

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Transe, comme Transire, le passage

Dans son livre “Transe et thérapie”, sur les traces de Dionysos, Barbara Schasseur explique : « La transe se libère dans les quelques secondes d’un extrême lâcher-prise. La désorganisation du « moi » est le moment clef (…) De la même façon, les moments de crise, de maladie grave, de désorganisation psychique sollicitent l’être dans son intimité la plus profonde obligeant à des choix surprenants, dévoilant des ressources inattendues, la force d’un élan de vie pour maintenir la vie. La transe, l’accès à cette force de transcendance sous ses différentes formes, est le garant d’une possible renaissance. »

Il me semble que Barbara Schasseur soulève là un point essentiel, qui m’évoque la raison même pour laquelle le mot “transe” reste, d’une certaine manière, encore tabou dans notre culture.

Nous avons désespérément peur de perdre le contrôle, car pour nous, et depuis Freud, perdre le contrôle équivaut à libérer des pulsions enfouies forcément obscures. La “désorganisation du moi” équivaut dans nos conditionnements à redevenir sauvages, au risque de redevenir un autre, ostracisé d’emblée du groupe humain. Perdre le contrôle équivaut à la mort, tout du moins, la mort du Moi social.

Le passage, transire, c’est justement la possibilité de laisser mourir un instant le Moi social. La possibilité de n’est plus rien ni personne, mais de redevenir, le temps d’un instant terriblement plein de vie, quelque chose qui respire, quelque chose qui sent, quelque chose qui voit et qui pense au-delà de lui-même.

Pour la plupart des cultures dans le monde, la perte de contrôle est le point de contact avec les dieux - le point de transmutation, le point de rencontre avec l’Invisible qui instruit, l’Invisible qui décide de la vie et de la mort, qui guérit et afflige, qui préserve ou détruit. La transe est une rencontre avec le plus-haut-que-soi.

Est-ce notre orgueil qui nous retient de nous abandonner à ce qui nous dépasse en nous ? Ou notre peur de toucher, enfin, le sentiment d’appartenir à un monde vivant ?

Collection Petites planètes, volume 19, Umbanda, 2011, par Vincent Moon et Priscilla Telmon

Tendresse à mes chers amis Priscilla et Mathieu de PetitesPlanètes, à qui j’adresse ce petit papier.

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